By Dady Chery, Piece en un Acte. Axis of Logic.
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PERSONNAGES
JOSEFINE
ALICE
MANNO
OFFICIEL NO. 1
VOISIN(E) D’ARRIERE
HOMME MISSIONAIRE
FEMME MISSIONAIRE
OFFICIEL FRANCAIS
DUCHESSE ANGLAISE
PHOTOGRAPHE
OFFICIEL AMERICAIN
MUSIQUE
Des excellents enregistrements de “Choucoune” et “Haiti Chérie” peuvent se retrouver, y compris ceux du Groupe Vocal Desandann.
DÉCOR
Quatre tentes construites de petites verges and de draps colorés. L’action se fera à l’interieur et auprès de la tente centrale. Sa gauche, sa droite, et son arrière se partagent avec des voisins. Chaque drap est impeccable. L’impression générale est celle d’une sculpture d'interprétation.
[Le rideau se lève. Au devant de la tente centrale, un drap bleu-de-mer se lève du coin à gauche de la scène. Une jolie femme haitienne parait dehors. Elle fronce ses sourcils en regardant le ciel. Le soleil levant éclaire son visage. Elle a à peut près trente ans et porte une décolleté blanche en cotton qui s’élarge après sa taille et s’arrête aux genoux. Les cloches d’une église sonnent bruyamment un, deux, …, six.]
JOSEFINE: Alice, Manno! Réveillez vous mes chéris! Les cloches viennent de sonner six heures.
ALICE: [Cachée] Mamie, il n’y a point de cloches. Le tremblement de terre a abattu le Sacré Coeur.
JOSEFINE: Tout le monde a entendu les cloches. Ma petite fille, va me bouillir un peu d’eau.
[Elle recule au dedans de sa tente, reparait en balayant le sol. Elle fredonne un peu. La poussière se relève. Un garçon d’à peu pret huit ans peu se voir sur un petit paillasson. I se roule pour faire face aux spectateurs.]
MANNO: [Tousse, écarte la poussière avec ses mains et se frotte les yeux].
JOSEFINE: Manno, apporte le drap d’aujourdhui pour ta mère.
MANNO: Maman!
JOSEFINE: Que jour est il, Manno?
MANNO: Jeudi, mamie.
JOSEFINE: Quelle couleur, alors?
ALICE: [Cachée, en chantant.] Si c’est jeudi, nous levons le jaune!
JOSEFINE: Je ne t’entend pas, Manno.
ALICE ET MANNO: Si c’est jeudi, nous levons le jaune!
[Manno s’appuie sur une chaise pour se lever de son paillasson. Après cela, il prend sa béquille. Il boitille légèrement vers un coin en arrière de la tente, retourne avec un drap plié sur son bras et le donne a sa mère.]
JOSEFINE: Ah ça, c’est mon garçon! [Elle ouvre le drap et l’éxamine.] Non-non-non-non-non. C’est trop chiffoné, Manno. Repasse le pour ta mère, s’il te plait.
[Les épaules de Manno se descedent. Il traine ses pieds au dedans and disparait.]
ALICE: [Simultanément] Pourquoi faire mamie? Le drap ne va qu’attraper la pluie et la poussière!
JOSEFINE: Alice! [S’arrète.] Tu ès trop eveillée pour ton bien, ma fille. L’eau est prète, ma petite chérie? C’est notre tour à préparer le dejeuner pour le quartier.
VOISIN(E) D’ARRIERE: Qu’est ce que tu fait cuire, chérie?
JOSEFINE: Du maïs moulu avec un petit peu d’hareng saur et d’avocat à côtè.
VOISIN(E) D’ARRIERE: Que l’éternel te garde, ma fifille!
[Des cris indistincts viennent de loin. Les spectateurs entendent “démocratie… révolution… générations du futur…, une meilleure Haiti…, un phénix qui se relève des cendres.., liberté, egalité, fraternité, etc. Les deux enfants courent au dehors. A part les cheuveux tréssés d’Alice, elle pourait être un garçon de dix ans. Les cris deviennent de plus en plus forts. Un officiel en costume d’affaires apparait, en courant de la droite de la scène. Il est couvert de poussière et se tient la tête avec les deux mains.]
OFFICIEL NO. 1: Mon palais, mon palais! Mon palais, mon palais! Oh seigneur, que ferai-je maintenant? J’ai perdu mon palais. Pouf! Comme ca! Tout a disparu! Le bureau de contributions, fini! Les chambres du parlement, fini! Mon beau palais blanc, fini!
[Joséfine se recule en amenant les deux enfants.]
OFFICIEL NO. 1: [Marche directement vers la tente de Joséfine. Il parait comme en face d’une porte fermée. Il frappe une des verges avec sa cane.] Fifine, je sais que tu ès là. Fifine, ouvre. Reprends moi, je te supplie! Je te donnerai n’importe quoi. Je te jure que je te batirai un autre palais, plus grand que le denier! Je l’encerclerai des champs de lauriers-roses, des plus grimpants bougainvilliers, des plus hauts palmiers, des plus grands flamboyants. Tous les rossignols chanteront Fifine, Fifine!
MANNO ET ALICE: Papa!
OFFICIEL NO. 1: [Tombe a genoux et serre très fort les deux enfants.] Mes petits anges!
JOSEFINE: [S’avance and reprend les mains des enfants.] Votre père etait un homme de bien, mais il est parti en Guinée. N’appelez pas n’importe quel imbécile papa!
OFFICIEL NO. 1: Que veux tu ma petite Alice? Que veux tu mon petit Manno? Dites le moi. Je vous donnerai tout ce vous voudrez. N’importe quoi.
[Manno met ses mains autour d’une oreille de sa soeur and lui chuchote un secret. Elle cherche le visage de sa mère, qui leur lance un regard sévère. Alice met, a son tour, ses mains autour d’une oreille de son frère.]
MANNO ET ALICE: [Ensemble, en chantant et regardant leurs pieds.] Je n’ai besoin de rien. J’ai tout ce que je veux, et je n’accepte jamais rien des étrangers.
OFFICIEL NO. 1: Regardez moi, mes petits. Ne suis je pas votre père?
MANNO ET ALICE: [Cherchent le visage de leur mère, qui leur lance encore un regard sévère. Ensemble, en chantant et fixant leurs pieds.] Je n’ai pas de père. Mon père est en Guinée. Je suis un enfant special, parvenu d’une conception/consommation immaculée. [Alice dit conception. Manno dit consommation].
ALICE: Conception!
MANNO: Consommation!
ALICE: Conception encore!
MANNO: Consommation!
JOSEFINE: C’est conception mes chéris. Taisez vous.
ALICE: Tu vois!
OFFICIEL NO. 1: Fifine, pourquoi dis tu toutes cettes sottises à nos enfants. N’étais tu pas mariée au Sacré Coeur le 31 juillet 1999?
JOSEFINE: Oui, je me suis mariée au Sacré Coeur le 31 Juillet 1999.
OFFICIEL NO. 1: La pluie, n’avait elle pas soudainement cessée quant nous laissions l’église?
JOSEFINE: Oui, c’était bien chanceuse, n’était ce pas?
OFFICIEL NO. 1: Les papillons, n’étaient ils pas sortis au dehors justement pour te voir?
JOSEFINE: Oui, c’était bien la saison des papillons.
OFFICIEL NO. 1: Le parfum des ylang-ylangs, n’envahissait il pas la réception?
JOSEFINE: Oh oui, je me rapelle. Le parfum des ylang-ylangs etait merveilleux.
OFFICIEL NO. 1: Fifine chérie, n’avions nous pas dansé toute la soirée sous la pleine lune?
JOSEFINE: Oh, j’adore bien danser.
OFFICIEL NO. 1: [Sur un genou, une main étendue en invitation de danse, commence a chanter.] "Choucoune cé té ou marabou, ..." [Il cesse de chanter lorsque commence une version chorale de la chanson. Joséfine accepte sa main. Elle danse sensuellement autour de lui pendant qu’il tourne lentement sur son genou pour la regarder. Il se lève gracieusement, met une main sur la taille de Joséfine, et ils continuent à danser.] Tu ès la fille de mes rêves. Tu le seras toujours Fifine, ma chérie!
JOSEFINE: Je n’ai jamais voulu un palais, tu sais. Une petite maison avec un jardin potager, c’est tout ce que voulais. [Elle se recule comme en se reveillant d’un rêve. La musique s’arrête.] J’étais ton partenaire de danse, mais jamais ton amante. J’ai epousé ton jumeau! [Aux enfants] Ce fou est votre oncle. Il a besoin d’aide psychiatrique. [Les enfants, confus, rentrent dans la tente.]
ALICE: [A Manno] Consommation! Yadiyadiyada!
OFFICIEL NO. 1: Que fais tu cuire en dedans? Jamais personne ne pourrait cuisiner comme ma Fifine. Un petit goût, Fifine? Un tout petit?
JOSEFINE: Nous bouillons l’eau d’aujourdhui. [Elle rentre lentement dans la tente et retourne avec un gros pot de fer. Elle envoie tout le contenu vers l’homme.] Mange ça, imbécile!
[Elle lui manque. Il devine son intention et s’écarte au dernier moment.]
OFFICIEL NO. 1: Tu étais si gentille quand nous nous sommes rencontrés. Mais commment ès tu devenue si méchante, Fifine? Je regagnerai mes pas Fifine. Je batirai un autre palais. Tu verras. [Il se courbe cérémonieusement et puis se tient la tête comme a son arrivé; il cour vers la gauche de la scène.] Mon palais, mon palais! Mon palais, mon Palais! Mon palais, mon palais. Democratie.., notre belle république d’anciens esclaves…, liberté! Mon palais, mon palais!
ENFANTS DU QUARTIER: [Paraissent sur la scène, provenant de derrière les tentes. Ils chassent l’officiel hors de la scène tout en criant] Mon palais, mon palais! Mon palais, mon palais!
JOSEFINE: [Se remet a balayer le sol, mais plus violamment.] Manno, tu me bouille de l’eau. Alice, repasse le drap. C’est tout a fait trop chifonné.
ALICE: C’est à moi de bouillir l’eau et à Manno de repasser le drap, mamie.
MANNO: [Parait dehors avec un lance-pierre et vise quelque chose à gauche de la scène.] Je l’ai eu! [Cour a l’interieur.]
[Un homme et une femme apparaissent du côté gauche de la scene. Ils sont vêtus comme des missionaires du 19ème siècle. La femme est enceinte. Le visage de l’homme est légèrement blessé. Il tapote sa joue.]
HOMME MISSIONAIRE: Je l’ai vu rentré par ici. Ou est le petit démon?
MANNO: [Exagère sa boiterie.] Bonjour monsieur! Bonjour madame! Que le seigneur vous benissent tous les deux!
FEMME MISSIONAIRE: Quel gentil enfant! Il parle l’anglais?
[Alice arrive en chantant “Old McDonald Had a Farm.” Manno se lance à son tour au milieu de la chanson. Joséfine s’avance auprès d’eux en souriant.]
FEMME MISSIONAIRE: Quels jolis enfants! Et si polis! Puis je les avoir?
HOMME MISSIONAIRE: Vous leur introduiriez si nettement au veritable et seul seigneur.
FEMME MISSIONAIRE: [Au missionaire] Et je n’aurais pas à attendre mon bébé aussi longtemps! [A Manno] Peux tu répéter “My name is Jared," petit garçon?
ALICE: I’l s’appelle Emmanuel!
JOSEFINE: [A Alice] Ca suffit. [Aux missionaires] Bonjour! Je suis Joséfine, et ces deux ci sont ma fille et mon garçon. Avez vous apporter du riz pour nous?
HOMME MISSIONAIRE: Seulement si vous vous repentissez tous les péchés, madame. Je vous appele Marie, n’est ce pas?
JOSEFINE: [Chuchotte à Manno] Tu n’aurais pas du le manquer. [Aux missionaires.] Nous nous repentisserons de tout quand vous nous montrerez le riz.
ALICE: Maman!
JOSEFINE: [A Alice] Quand on a besoin de Kongo, il faut l’apeller Yaya.
FEMME MISSIONAIRE: Yaya, quel drôle de nom pour un enfant. Pourquoi les haitiens donnent des noms aussi fantastiques aux petits? Je t’appelerai Thérèse.
ALICE: Je m’appèle Alice!
JOSEFINE: [A Alice] Thérèse, ma chérie, tu ès avertie. Tu te repens immediatement. [Aux missionaires] Quel beau geste, d’apporter du riz pour nous, pécheurs affamés!
FEMME MISSIONAIRE: Donnez moi un petit moment privé.
JOSEFINE: Manno, ammène nous le drap et le pot de chambre.
[Ils étendent le drap de façon de diviser la tente perpendiculiérement aux spectateurs. Les spectateurs peuvent voir la missionaire, qui detache un sac de riz de son corps et la retire du dessous de sa robe. Après d’avoir fini, elle écarte le drap. Un sac de 50 kilos de riz est etalé sur le sol, et la femme n’est plus enceinte.]
ALICE: Mamie, son bébé est un sac de riz!
MANNO: C’est la consommation immaculée, mamie.
JOSEFINE: Taisez vous mes enfants. Prions ensemble.
Tous forment un cercle et se tiennent les mains.
HOMME MISSIONAIRE: Seigneur. Nous vous remercions pour nous avoir amenés ici pour eduquer les ignorants et les faire percevoir ta lumière, seigneur. Nous vous devrons la reconaissance pour nous avoir transformés en agents de vos beaux travaux. Ici se tient cette simple femme qui a produit ces deux enfants de ses péchés et ses plaisirs, cher seigneur, parce le demon vit dans son corps. Nous vous prions de lui faire changer sa façon, seigneur, par le miracle de votre fils. Amen.
JOSEFINE: A-men! [Elle serre les mains de ses enfants.]
ALICE AND MANNO: Amen!
FEMME MISSIONAIRE: Jared, Thérèse, aimeriez vous voir l’Utah?
ALICE: Qu’est ce que c’est l’Utah?
FEMME MISSIONAIRE: Cest un endroit très joli, avec des montagnes.
ALICE: Haiti est jolie et a des montagnes.
FEMME MISSIONAIRE: Il y a des grandes familles a l’Utah.
ALICE: J’ai une grande famille en Haiti.
FEMME MISSIONAIRE: Il y a de bons parents à l’Utah.
ALICE: J’ai des bons parents en Haiti.
FEMME MISSIONAIRE: Mais tu n’as pas de papa!
ALICE: Oui j’en ai! Il est fou, mais il m’aime.
MANNO: Moi aussi!
JOSEFINE: C’est leur oncle, qui a…
HOMME MISSIONAIRE: Je le savais!
FEMME MISSIONAIRE: A l’Utah, tu pourra devenir n’importe ce que tu veux. Par example... une assistante infirmière!
HOMME MISSIONAIRE: Ou une cuisinière!
FEMME MISSIONAIRE: Ou un serveur!
HOMME MISSIONAIRE: Un valet!
FEMME MISSIONAIRE: Une caissière!
ALICE: [Interrompt] Je vais devenir une experte de la santé publique, and Manno va devenir agronome.
MANNO: Vous produisez beaucoup de riz à l’Utah?
FEMME MISSIONAIRE: Nous avons une très très grande maison à l’Utah.
ALICE AND MANNO: [Chantent ensemble] Nous ne voulons pas une grande maison. Une petite maison avec un jardin potager, c’est tout ce nous voudrions.
VOISIN(E) D’ARRIERE: Cettes paroles de riz et légumes m’affament, Fifine.
JOSEFINE: [Guide les missionaires au dehors.] Veuillez m’excusez, s’il vous plait? Il faut que je prepare le lunch pour le quartier. Merci pour la visite. Merci pour le riz. Je me sens dejà plus légère sans mes péchés.
MANNO: [Exagérant sa boiterie.] Que le seigneur vous bénisse! Adieu monsieur! Adieu madame!
HOMME ET FEMME MISSIONAIRES: Au revoir Marie! Au revoir Jared! Au revoir Thérèse! [Se disent entre eux] Un peuple si simple, et si paisible…
[Les missionaires continuent vers la droite et en arrière de la scène, comme pour visiter d’autres tentes.]
JOSEFINE: Je voudrais un peu de paix ici pendant que je prepare le lunch. Manno, pratique avec ton lance-pierre. Alice, dérange moi seulement si tu vois arriver quelqu’un.
[Manno vise quelque chose avec son lance-pierre, puis court au fond de la tente. Alice regarde en haut et en bas. Elle monte sur une chaise et remplace le drap bleu avec le drap jaune. Au même instant, les autres tentes changent de couleur soit par un changement de lumière ou de draps Alice s’assied par terre. Elle fredonne et murmure en bâtissant, avec des morceaux de carton, une sorte de maison de poupée.]
ALICE: Manno, elle est prête!
MANNO: [Vise la maison avec son lance-pierre. La maison s’éffrond. Les deux enfants sautent de joie.] Mon palais, mon palais!
[Bruits indistincts d’une foule qui approche. Comme avant, les spectateurs entendent "democratie..., phénix qui se relève des cendres..., revolution... générations du futur..., une nouvelle Haiti..., fraternité, etc. Les deux enfants courent au dehors. Quatre hommes costumés circule en ronde au devant de la scène autour d’un autre petit homme costumé, tout en l’addressant au centre.]
OFFICIEL NO. 1: Mille tentes!
OFFICIEL NO. 2: Infrastructure!
OFFICIEL NO. 3: Euros!
OFFICIEL NO. 4: Police!
OFFICIEL NO. 1: Mon palais, mon palais!
OFFICIEL NO. 2: Donne un coup de pied à Officiel No. 1.
OFFICIEL NO. 1: [Etonné.] Deux milles tentes!
OFFICIEL NO. 2: Infrastructure!
OFFICIEL NO. 3: Euros!
OFFICIEL NO. 4: Police!
[Cela se répète, sauf les nombres de tentes, qui se multiplie a chaque tour.]
JOSEFINE: Alice, Manno, prennez ces pots de nourriture au quartier. [Elle donne un pot a chaque enfant.] Deux louches du grand, une du petit. Commencez par grandmère Anna, d’accord?
ALICE: Elle ne mange pas, mamie.
MANNO ET ALICE: Elle nous donne des bains de feuilles pour nous protéger contre les missionaires, mamie.
JOSEFINE: D’après moi, vous avez bien besoin d’un bon petit lavage.
ALICE: Elle jette ses repas aux pigeons, mamie.
MANNO: Elle laisse ses repas sur un autel, mamie.
JOSEFINE: Ca suffit, vous deux. Allez y.
[Les enfants s’en vont. Ils se mêlent pour un instant à la ronde des officiels et puis sortent vers la droite de la scène, comme pour visiter l’arrière les tentes. Joséfine reste sur son siège à constater la ronde. Un homme de petite taille, au centre, se détache du cercle et cour vers Joséfine. Au même instant, tous les autres changent leurs chansons à “Mon palais, mon palais” et sortent à gauche de la scène.]
OFFICIEL FRANCAIS: Joséfine! [Baise la main droite de Joséfine, puis ses joues, quatre fois.]
JOSEFINE: C’est toi! Il a si longtemps qu’on ne s’est pas vu! Tu as grandi! [Elle se promène autour de lui et le constate de la tête aux pieds].
OFFICIEL FRANCAIS: Pourquoi parler de ma taille Josefine, quand je suis ici pour si peu de temps? Regarde... J’ai apporté ton parfum.
JOSEFINE: Merveilleux! L’ylang-ylang!
OFFICIEL FRANCAIS: Et le foulard de soie que je t’avais promis.
JOSEFINE: C’est joli! [Elle amarre le foulard autour de sa tête]. Merci!
OFFICIEL FRANCAIS: Ils sont francais, bien sûr..
JOSEFINE: J’ai entendu dire que ta femme est chanteuse... et très jolie. Elle te fouette comme je le faisais?
OFFICIEL FRANCAIS: Oh Joséfine, c’etait l’éxuberance de la jeunesse. Tout derrière nous. J’ai terriblement honte de tout ça!
JOSEFINE AND L’OFFICIEL FRANCAIS: [En rèvant.] Ahhh!
OFFICIEL FRANCAIS: Tu etais si tempétueuse!
JOSEFINE: Tu etais si petit!
OFFICIEL FRANCAIS: Dois-tu être si cruelle Josefine, après que je subisse un si long voyage pour te revoir. Malgré d’avoir attérri depuis hier matin en Republique Domicaine, je n’arrive ice qu’en ce moment, parce qu’il n’y avait aucun vol vers Port-au-Prince. Pourquoi? Parce que ton mari passais le beau temps avec une americaine dans l’aéroport? L’amour. Bien sûr. Toi et moi, nous ne sommes pas pudibonds, Joséfine. Mais, avec des scrutateurs du corps! Qu’est ce qui arrive au monde?
JOSEFINE: Il n’est pas mon...
OFFICIEL FRANCAIS: [Interrompt] Toute une journée, j’ai voyagé sur un cheval appelé Farouk, qui ne boujais que pour des chuchotements en espagnol et, après, a absolument refusé de traverser la frontière. Cela fini, une âne appelée Banda m’a ammené au Jacmel et, à son tour, a refusée de rentrer à Port-au-Prince. J’ai du continuer à pieds depuis Jacmel, Joséfine. J’ai tout fait pour toi, chérie, pour rebâtir ton palais.
JOSEFINE: Mon palais?
OFFICIEL FRANCAIS: Le palais le plus blanc et plus magnifique qu’on aurait jamais vu! Il aura dix dômes! Plus que ça, si tu veux. Tous convex, Joséfine! Tu a toujours aimé les dômes, n’est ce pas?
JOSEFINE: Tu veux dire un musée?
VOISIN(E) D’ARRIERE: Le parfum n’est pas mal, Fifine. Donne moi un de tes palais, chouchou. C’est venteux ici.
OFFICIEL FRANCAIS: [Comme s’il n’a pas entendu le voisin.] Non-non-non-non-non! Pas un musée… point du tout… un palais… Comme autrefois.
JOSEFINE ET L’OFFICIEL FRANCAIS: [Ensemble] Ahhh! Autrefois! Liberté, égalité, fraternité/palais-nité! [L’officiel dit fraternité, comme en rêvant; Joséfine dit palais-nité, comme en se reveillant d’un rêve.]
JOSEFINE: Qui aurais imaginé que tu deviendrais un bâtisseur de palais.
OFFICIEL FRANCAIS: Je suis encore un chef d’état bien important, tu sais. Je suis attendu à la Guadeloupe dans une heure de temps. Bon, je m’en vais. [Il embrasse Joséfine quatre fois sur ses joues.] Au revoir Joséfine! Au revoir!
[Il commence a courir vers la gauche de la scène mais perd une de ces chaussures.]
JOSEFINE: [Ramasse la chaussure et l’examine.] Ahah! Oui... Ingénieux! C’est ainsi qu’on grandit!
OFFICIEL FRANCAIS: [Parvient à saisir la chaussure. Il se redresse en posture officièle, puis relève et remue une main en une petite marche de depart.] Adieu Joséfine! Adieu! [Il sort vers la gauche de la scène.]
OFFICIELS HORS DE LA SCENE: Deux millions de tentes! Vive la France! Euros! Police!
[Alice and Manno rentrent de la droite de la scène. Ils portent d’autres vêtements qu’au départ. Alice apporte une cruche d’eau. Manno apporte des bananes sur un de ses bras. Ils déposent les provisions devant leur mère.]
MANNO: L’eau vient de Soraya, les bananes de Simon, et l’argent, d’Anita [Il donne quelques billets à sa mere.].
ALICE: [Montrant sa robe.] Granmère Anna nous a trempés encore. Elle disait qu’il fallait enlevé Jared et Thérèse de nos têtes. Elle est folle, mamie.
JOSEFINE: Ça me rappelle de me débarasser de cette Marie… Voyons? Est ce qu’Irma vous a donnés vos devoirs?
MANNO: [Tire une feuille de papier de sa poche et la donne à Josefine.] Mamie! Ma leçon etait sur les cercles! La circonference d’une cercle est trois unité mille quatre cents seize multiplié par...
ALICE: [Interrompant et secouant sa feuille de papier.] J’apprend à calculer des problèmes sur le capital et l’intérêt. Les problèmes de mots sont si durs, mamie!
JOSEFINE: [Examine les feuilles de papier.] Très bien... Vous avez assez d’examples pour calculer. Quelles bonnnes personnes... Vous avez dit merci et embrassé tout le monde sans faire des grimaces?
[Autre agitation dehors. Josefine, Alice, et Manno rentrent dans la tente. Une femme impérielle arrive à gauche de la scène. Son entourage très Anglaise la suit, apportant une grande boîte en carton, de couleur rose. Un homme prend les photos du groupe.]
DUCHESSE ANGLAISE: C’est agréable de retrouver nos jeunes hommes and femmes anglais ici, en train de construir des boîtes roses pour Haiti. Je suis enormément fière de notre habileté envers les boîtes. Nous irons de force à force, de couleur à couleur, de ce siècle au siècle suivant, dans cette grande entreprise.
[Les autres applaudissent.]
DUCHESSE ANGLAISE: [Au photographe.] Prends moi une photo d’une famille haitienne dans une de nos boîtes roses.
[Continue son discours à son entourage. Les spectateurs entendent "un testament..., dedication..., bonne volonté...," Le photographe frappe à la “porte” de Josefine.]
PHOTOGRAPHE: [Presentant sa carte d’affaires à Joséfine.] Bonjour madame. Je represente le quotidien d’Ascot. Nous sommes idéalement placés pour apporter la tragédie haïtienne à l’attention des lecteurs les plus distingués au Royaume-uni.
JOSEFINE: Bonjour monsieur. Est-elle votre reine? [Lançant un regard vers la duchesse.]
PHOTOGRAPHE: Comme ci, comme ça..
JOSEFINE: Voulez vous un entrevue?
PHOTOGRAPHER: Oh, non-non-non. Un entrevue n’est pas dutout nécessaire. Justement une photo. Avez vous des enfants?
ALICE: [Apparait. Examine la camera du photographe.] Puis je l’essayer?
JOSEFINE: Alice, arrête. [Au photographer] Pourriez vous m’envoyer cet article?
PHOTOGRAPHER: Certainement... certainement.
[Il donne une autre carte d’affaires à Joséfine pendant qu’il la guide, avec Alice, dans la boîte, où les deux restent debout. La duchesse monte sur une petite platforme près de la boîte. Tous se rassemblent autour de la duchesse et la boîte.]
PHOTOGRAPHE: [A Joséfine et Alice] Quand je dis “deux”, couvrez vos visages et pleurez.
PHOTOGRAPHE: Un,... deux!
[Les spectateurs font face au dos du photographe. Manno apparait derrière le groupe et vise le photographe avec la lance-pierre. La camera s’écroule.]
MANNO ET ALICE: [En sautant.] Mon palais, mon palais! Mon palais, mon palais!
DUCHESSE ANGLAISE: Oh! Quel endroit dangereux! Quels enfants bestials!
[Tous les anglais entourent la duchesse et l’amènent vers la gauche de la scène. Joséfine les suivit avec la boîte et la donne au photographe. Un officiel american apparait de la droite de la scène.]
OFFICIEL AMERICAIN: Duchess baby, je t’ai recherchée partout ce matin!
DUCHESSE ANGLAISE: Oh William! Pourquoi m’as tu amener dans cet endroit si horrible?
OFFICIEL AMERICAIN: Que sont quelques moustiques, ma douce? Pense au resultats que tu auras de tes investissements ici. Considère bien ça. Tu obtiens 100 boîtes roses, gratis; ton associé ici vend chaque boîte pour mille dollars, et voilà! Il n’y a de boîtes roses nulle part, en Haiti. Les haitiens ne peuvent pas faire des boîtes roses, vois tu? Il n’ont pas du tout la téchnologie de la boîte. Et puis, ils adorent les couleurs! Ils n’ont pas encore decouvert la couleur rose. Ils achèteront tes boîtes comme des bonbons. [Voyant Alice.] Dans quelques années, cette petite dame travaillera à faire tes boîtes. Si tu ne veux pas partager la téchnologie, tu pourrais assembler deux bords ici, deux en Chine, et les paindre au Mexique. Et si tu ne veux que personne ne vente jamais plus une boîte ici, je peux tout arranger. Pense à ça, alors. Où d’autre pourrais tu faire une affaire aussi douce que cela?
DUCHESSE ANGLAISE: Ramène moi à mon château. Il’s n’on même pas un palais dans cet enfer. C’est barbare! Ces sauvages… Ils apportent de l’argent sur leurs personnes. Et puis… et puis… travaillent le dimanches! Afreux! Afreux! [Elle pleure. Elle part, suivie de son entourage, vers la gauche de la scène.].
OFFICIEL AMERICAN: Salue la reine et le prince charmant, marquise baby. [Voit Joséfine. Siffle. Approche, faisant de l’oeil.] La femme est l’acajou: l’age l’améliore!
[Les enfants et l’officiel suivent Josefine pendant qu’elle retourne vers la tente.]
OFFICIEL AMERICAN: [Siffle encore et approche.] Belle femme, beaux tracas.
[Durant le reste de cette dialogue, il aura toujours les mains sur Joséfine, et il paraitra d’entrendre justement Joséfine.]
VOISIN(E) D’ARRIERE: Un autre palais pour toi, sans doute, dans notre pays de campeurs! J’ai cinq chèvres à Jacmel et un carreau de terre. Ne voudrais tu pas un peu de tranquilité, Fifine? Viens m’aider à convincre le quartier de partir à Jacmel avec nous.
JOSEFINE: [Au voisin.] Tes mains ont du coeur.
VOISIN(E) D’ARRIERE: C’est moi, les autres.
OFFICIEL AMERICAN: Beaucoup de mains allègent le fardeau, baby. Je ressens ta douleur!
JOSEFINE: Umhumh.
ALICE: Son bonjour n’est pas vrai.
OFFICIEL AMERICAN: Derrière les montagnes, encores de montagnes!
JOSEFINE: Un oui ne franchira pas de montagnes.
MANNO: La lâcheté enterre sa mère.
JOSEFINE: [à Manno]: Prudence n’est pas lâcheté.
JOSEFINE ET VOISIN D’ARRIERE: Deracinons le manioc et deblayons le terrain.
OFFICIEL AMERICAIN: Prudence déracine le terrain... Celui là est du bon…
[Bruits des officiels qui retournent de la droite de la scène. Cris indistincts sur la "démocratie... révolution... générations du futur..., Haiti fleurie..., phénix se relève des cendres..., liberté, egalité, fraternité, etc. Les officiels font la ronde.]
OFFICIEL AMERICAIN: See you around, baby!
Il se lance au centre de la ronde. Les autres s’addressent à lui.
OFFICIEL 2: Infrastructure!
OFFICIEL 3: Dollars!
OFFICIEL 4: Police!
OFFICIEL 1: Vingt millions de tentes!
OFFICIEL AMERICAIN: Derrière les tentes, encore de tentes! Prudence déracine le terrain!
ENFANTS DU QUARTIER: [Descendent sur la scène de l’arrière des tentes, avec des balais. Ils chasent les officiels en balayant le sol et criant] Mon palais, mon palais! Mon palais, mon palais!
Musique chorale: “Haiti Chérie,...”
[RIDEAU]
27 Mars 2010
Avis spécial
© Droit d’auteur 2010 pour AxisofLogic.com.
Tous droits réservés. Les droits à "Mon palais, mon palais!" sont réservés pour des spectacles dont les recettes iront au peuple haitien. L'autorisation de républication, la rédistribution ou toute autre utilisation de cette pièce est interdite sauf par autorisation expresse et écrite de l’Axis of Logic ou l'auteur et dramaturge. Contactez l’Axis of Logic pour plus d'informations. Nous encourageons d'autres éditeurs de fournir un lien vers cet article avec une brève description.
Biographie: Dady Chéry grandit au coeur d’une famille élargie à Port-au-Prince. Elle partit pour New York a quatorze ans, où elle passa une dizaine d’années. Depuis lors, elle a vécu dans plusieurs villes de l’Amerique et de l’Europe. Elle ecrit en anglais, francais, et créole. Elle a redigé de nombreux essaies, pièces theâtrales, et poêmes. Des examples peuvent se retrouver à la revue Axis of Logic, pour laquelle elle est une chroniqueuse.
Synopsis: Dans la pièce satirique “Mon palais, mon palais!”, Joséfine, avec Alice, sa petite fille très éveillée, et Manno, son petit garçon assez lutin, sont visités à Port-au-Prince dans leur tente improvisée, tour à tour, par des officiels haitiens, des missionaires religieux, et des émissaires de plusieurs puissances colonialistes. Chaque visiteur s’attend à imposer sa vision supérieure sur ce nouvel objectif mais est defait par cette famille irripressiblement haitienne, et un système invisible de soutien tissé par des voisins, apparemment sans ressource.